Tradition chinoise

Les fondements de la Médecine traditionnelle chinoise (MTC) sont fort différents de celle occidentale. Elle privilégie les analogies dans une vision large et intégrée de ce que signifie « être en santé ». Ses bases ancestrales sont bien avant la pensée scientifique.

Comme toute tradition, son héritage est ininterrompu, et s’enrichit constamment sans trahir ses racines. Ce fondement est important, comme retournant aux sources de la vie. En tout temps, des hommes se sont mis au service du vivant. En occident les transmissions ont été brisées, révolutionnées, pour asseoir d’autres pouvoirs, des dominations, et niant notre origine. Beaucoup on fuit la Chine pendant la révolution.

tradition_chinoise_img1Tradition ne veut pas dire rétro ou réac, pour quelque chose qui n’a plus cours. Les anciens combinaient à la fois l’observation des similitudes, les déductions et l’intuition. Cette intelligence analogique  (exemple : les saisons de la nature et les cycles de la vie humaine) a permis de repérer des lois de la vie opérationnelles. C’est une pensée différente de l’analyse qui dissèque et sépare les composants d’un phénomène.

Paradoxalement, on découvre depuis quelques années, toutes sortes de concordances entre les observations empiriques millénaires et les explications de la science moderne, par exemple en ce qui concerne l’anatomie (interdépendance des organes, action des points d’acupuncture, etc.) et les déterminants de la santé (diète, émotions, mode de vie, environnement, etc.). Ces bases anciennes peuvent sembler naïves ; pourtant nombre de concepts, comme les Théories sur les Substances, les Viscères et les Méridiens demeurent parfaitement utiles et pertinents dans notre vie.

Les traditions indiquent des lois fondamentales de la vie utilisable en thérapie. Une grande Tradition immuable se véhiculerait à travers les cultures ou traditions partielles, parfois déviées. Le vocabulaire est difficile et symbolique. Il est possible de dire que la Tradition se réfère au divin, à l’origine, la source de la vie, qui est un don. Elle se perpétue à travers les générations pour transmettre la connaissance des lois naturelles. Nous y sommes unis, un peu comme le fœtus l’est au ventre de sa mère. Les différents mythes illustrent cela et explique à leur façon que nous avons perdu le lien. Le chemin de la connaissance, de son étymologie naitre avec, fait retrouver l’unité.

Dans la tradition chinoise, nous remontons au Wu Yi, les anciens shamans guérisseurs. Leur mystique a fondé la culture chinoise. Ils croyaient que les mêmes composantes de base tissent tout l’univers, et que les mêmes lois régissent à la fois l’organisation du microcosme humain et la dynamique du macrocosme qui nous entoure. La médecine chinoise s’est donc appliquée à transposer au corps les règles qu’elle observait dans l’environnement. Elle a identifié des correspondances et des affinités entre l’organisation des Climats, des Saveurs, des Organes, des émotions, etc.; par exemple, tel Climat ou telle Saveur semblant faire réagir plus particulièrement tel Organe ou tel tissu.

tradition_chinoise_img2Cette tradition primordiale, orale, basée sur l’observation de la nature, a codifié la dynamique de la vie en Yin et yang, Cela a donné le Yi jing, le livre des changements. Cette période a donné les bases des médecines énergétiques et leurs lois. La transmission orale est devenue écrite à travers les idéogrammes, 1500 av JC, pour les premiers livres, dont le neijing su wen, fondement toujours actuel de la Médecine Traditionnel Chinoise. Les taoïstes, naturalistes, ont continué cet élan sur le mythe de l’homme d’énergie. La suite a précisé, retrouvé et développé ces bases selon les besoins et épidémies. Pour rappel, le vrai shaman était celui qui connaissait les fondements de la vie. C’est différent de la mode actuelle où beaucoup se disent shaman parce qu’ils utilisent des techniques et savoirs reliés à ces traditions (voir à ce sujet le travail de J. Narby, livre le serpent cosmique ou interview youtube).

La MTC s’est créé des modèles empiriques qu’elle a mis à l’épreuve cliniquement et validé au fil du temps. Elle a élaboré un ensemble de théories caractérisées par une conception de la réalité globale, syncrétique, plutôt que morcelée. Elle privilégie une approche systémique de la richesse et la complexité des liens entre tous les éléments, donnant des grilles et des lois. La MTC ne  démonte pas la vie, telle une mécanique, comme la recherche scientifique sépare chaque pièce du vivant. Elle privilégie la description générale de la mouvance des systèmes vivants dont elle essaie de prévoir et d’influencer les changements pour garder le patient dans un état d’équilibre dynamique. La vision globale reste simple par rapport à la fragmentation occidentale.

tradition_chinoise_img3Les Théories du Qi, du Tao, du Yin Yang et des cinq Éléments constituent les pierres angulaires. Elles font partie d’une philosophie et d’une façon de concevoir le monde ayant de larges assises culturelles, spirituelles et sociales. La MTC s’est servie de ces bases pour élaborer ses propres théories concernant les Méridiens, la physiologie des Organes et des Substances, les causes des maladies, les diagnostics et les traitements.

Il y a plus de 5000 ans, les anciens maîtres, sont parvenus à la conclusion que chaque chose était composée d’une même substance énergétique qu’ils appelaient Qi (prononcer T’chi). Ils ont constaté la présence d’une unité et d’une intégralité inhérentes à toute existence et une interconnexion énergétique en un seul corps. Le Qi vibre en nous, en fonction d’un mouvement énergétique constant. De nos jours, les lois de la physique ont permis de démontrer que la matière et l’énergie sont interchangeables et que la première correspond simplement à un état différent de la seconde qui vibre continuellement sous l’aspect de particules ou d’ondes de formes. En constante métamorphose, la matière influe sur l’énergie ou interagit avec elle. Elle est inhérente au corps vivant humain qu’elle sustente.

tradition_chinoise_img4Ces anciens maîtrisaient des techniques spécifiques permettant d’équilibrer l’énergie du corps (le qi) afin de promouvoir la vie en harmonie avec le Qi de l’environnement (le qi terrestre), ainsi qu’avec le Qi universel (le qi céleste). Ils ont observé que le qi pouvait être divisé en cinq domaines distincts – minéral, végétal, animal, humain et divin – qui se manifestent sous différentes formes de matières et d’énergie. Chaque forme se nourrit du domaine énergétique de la suivante, en résonance et en interaction avec le divin au travers des relations entre les formes à l’intérieur du Wuji (l’espace infini). A chaque augmentation de fréquence de vibrations correspond un accroissement de l’intuition et du niveau de prise de conscience.

L’ensemble de ces champs énergétiques provient d’une source unique et contient, en conséquence, la résonance vibratoire de la force de vie divine créatrice. Lorsque les individus prennent conscience du champ énergétique divin, ils commencent à ressentir celui-ci, subtil, des minéraux, des plantes, des animaux et des êtres humains. Cette conscience accrue de l’énergie de la force de vie divine renforce la leur et celle d’autrui, ce qui permet d’approfondir les connexions conscientes et inconscientes entre eux-mêmes et les minéraux, les plantes, les animaux, les autres hommes ou le divin :

« la conscience dort dans les minéraux, rêve dans les plantes, commence à se manifester dans les animaux et a le potentiel de s’éveiller intégralement dans l’humanité » (ancien dicton bouddhiste).

tradition_chinoise_img5Les ancien chinois croyaient que toute vie émergeait de l’existence éternelle du Tao, et qu’elle se dissolvait finalement dans sa lumière infinie.

« Le Tao n’a ni racine, ni tronc, ni feuille, ni fleur, mais des milliers de choses naissent et se développent à partir de lui. Il vient se reposer dans le cœur empli de compassion. Dans l’esprit serein et le Qi harmonieux réside le Tao (Guan Zi 770-476 av JC) ».

Le Tao, ou la « voie », peut se traduire comme une approche spirituelle vers le Divin, comme le royaume infiniment subtil et sa présence à toutes choses. Selon les anciens enseignements, la vibration énergétique et la lumière relatives au Tao sont imprimées dans chaque particule et tout ce qui existe est simplement l’expression et la manifestation du Divin. Avant la conception, l’individu existait en tant que partie intégrante du Tao. Il est en présence du Divin, sans forme, indifférencié et non assujetti aux lois physiques de la naissance, de la croissance, de la mort et de la décomposition. Au moment de la conception, il devient moins conscient de cette connexion. La « voie » se réfère au retour vers la conscience universelle et l’intégration à l’ordre cosmique de la création et au Divin. L’ancien taoïsme n’était pas une religion mais une voie et une méthode permettant d’entretenir l’harmonie entre ce monde (le plan physique) et ceux situés au-delà (le plan énergétique et le plan spirituel).

tradition_chinoise_img6A l’intérieur de son vaste océan d’énergie, le Tao donne naissance à deux polarités énergétique, le Ciel, yang, et la Terre, yin. L’énergie yang du ciel, au principe actif, émerge de la mer du chaos primordial, irradiant vers le bas. L’énergie yin de la Terre, passive, reçoit les influences et interagit énergétiquement avec le yang du Ciel. Dans la Chine ancestrale, le tao était considéré comme le chong, le centre de toutes choses au niveau énergétique et spirituel, qui relit le ciel, yang et la terre, yin. C’est le milieu de l’espace infini et de toute chose. En tant que microcosme, l’homme est ce centre et il possède lui même une partie yin (tangible) et une partie yang (spirituel). Cela forme le trois trésors : jing, essence – qi, énergie – shen, esprit. Les énergies du yin et yang (taiji) représente alors la dualité de la transformation, de l’équilibre et de l’harmonie à l’intérieur du corps, ainsi que dans l’univers.

tradition_chinoise_img7L’approche du Yin Yang propose de représenter la réalité comme le jeu de deux forces, la lumière et l’ombre, qui créent des nuances de gris à l’infini. Ces deux forces, l’une active et émettrice (le Yang), l’autre passive et réceptrice (le Yin), s’opposent et se complètent. Leur opposition est le moteur de tous les changements que nous observons. Leurs rapports évoluent cycliquement, de manière plus ou moins prévisible, selon une alternance de phases de croissance et de décroissance, comme la lumière qui croit de l’aurore à midi, puis décroît jusqu’au coucher du soleil. Appliquée à la médecine, cette théorie décrit l’homéostasie de l’organisme en termes de composantes opposées et complémentaires, dont les dérèglements, excès ou insuffisances provoquent l’apparition des symptômes des maladies.

La Théorie des cinq Éléments nous propose de regarder la réalité à travers cinq filtres déterminés. Par analogie, si yin et yang sont les valeurs (clair foncé), les 5 éléments sont les couleurs de la réalité. Toute la réalité et toute partie de la réalité, de l’alternance des saisons à la diversité des Saveurs en passant par l’organisation des Organes, peuvent être vues à travers ces filtres. Dans le prolongement du Yin Yang, la Théorie des cinq Éléments permet d’affiner l’étude des dynamismes présents au sein de l’organisme et de mieux décrire l’influence de l’environnement sur notre équilibre interne. Cette théorie décrit cinq saisons, cinq Saveurs et cinq Climats qui stimulent ou agressent les cinq sphères organiques (les cinq grands ensembles d’Organes et leurs sphères d’influence) responsables de l’homéostasie dans notre corps.

« Lorsque Yin et Yang se séparèrent, les 5 lumières pures envoyèrent leur faisceaux ; nées spontanément de l’espace infini du Wu Ji, elles apparurent comme des rayons lumineux provenant d’avant la création du monde ».

tradition_chinoise_img8Les 5 éléments bruts (bois, feu, terre, métal et eau) sont utilisés pour expliquer, classifier et caractériser l’ensemble des phénomènes naturels et les lois qui les animent (créer, contrôler, envahir et se révolter). Cette évolution créatrice se retrouve dans l’embryogenèse de l’être humain. Ces énergies élémentaires nourrissent les tissus et établissent la fondation des systèmes des organes internes du corps. Ils forment l’ensemble des programmes ou fonctions qui permettent la vie telle que nous la connaissons :

 

  • Feu empereur : système conscience et sang
  • Métal : système respiratoire et peau
  • Bois : système locomoteur
  • Terre : système digestif
  • Eau : système uro génital
  • Feu ministre : système régulateur

Ces systèmes assurent les fonctions aussi bien physiques que psychiques de l’être. En tant que « psy », j’ai un regard particulier à ce niveau de notre organisme et ses relations internes et externes. L’être étant un tout, corps – esprit, les déséquilibres s’expriment en tout niveau : physique, émotionnel, mental et spirituel.

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Les âmes corporelles (Po), aussi appelées 7 animaux, âmes sensibles du corps ou démons agités : si elles sont affectées ou laissées sans surveillance, sans conscience, elles manifestent l’instinct animal en elles :

  • Poison fulgurant : se manifeste par des sentiments de colère et de rage. L’indignation et le courroux qu’il génère provoquent des réactions hostiles et destructrices. L’individu explose soudainement avec des pensées malfaisantes et des intentions malhonnêtes
  • Balayeur d’immondices : se manifeste par une attitude hautaine et des sentiments d’orgueil et d’arrogance.
  • Chasseur des puanteurs : engendre le sentiment d’impuissance et a l’odeur de la mort. Il détruit l’espoir et la foi et se nourrit d’ignorance, ce qui peut mener à un sentiment de désespoir, à l’apathie spirituelle ou à l’inaction. Il se manifeste par la persécution et le martyre.
  • Chien cadavre : se manifeste par des sentiments d’avidité. Il s’exprime par des désirs égoïstes et des actions motivées par la convoitise.
  • Cadavre enfoui : représente les sentiments de luxure. Il tente l’individu par des incitations immorales. Il provoque ensuite sa détresse en le culpabilisant. Cet esprit poursuit en provoquant l’anxiété et la peur d’être discrédité, déshonoré ou disgracié, suscitant immédiatement le sentiment d’impuissance à améliorer la situation. Il se manifeste également par les addictions et les compulsions.
  • Démon moineau : tourmente l’individu en lui infligeant une intense souffrance et une terrible angoisse en mettant l’accent sur des problèmes émotionnels passés irrésolus, des anxiétés présentes et des peurs futures. Nommé aussi tourmenteur nocturne, il est particulièrement actif au cours de la nuit par le biais des cauchemars, du sommeil agité et de l’insomnie.
  • Monstre glouton : dérobe l’énergie de la force de vie de l’individu et la dévore par des jugements négatifs et des émotions amères tels que la jalousie, l’envie et le ressentiment.

Nous pouvons voir les déséquilibres des Po, démons ou forces à l’œuvre autour de nous, dans le monde et en nous. Les Po, âmes corporelles ne sont pas négatives, seulement leurs excès. La vie que nous connaissons, union du ciel et de la terre, est faite de leur équilibre avec les Huns, les âmes éthérées. Dès la gestation, le po, mouvement descendant, correspond au yin, à la nature animale de l’individu, à ses instincts et impulsions. Passionné, il incite à apprécier la vie dans toute sa splendeur. Attaché au corps physique, il est cependant perpétuellement en train de mourir.

tradition_chinoise_img10Expression somatique : Il est relié au système nerveux sympathique (réflexif) et au système limbique (sentiments, émotions) et reptilien. Il se manifeste par les sensations du corps, telles que le ressenti, l’audition et la vue. Ces profonds instincts (animaux) sont enfouis dans l’esprit (inconscient personnel) et les cellules. Il apporte une force et les ressources pour mobiliser le corps.

Chargé de l’ensemble des processus physiologiques : au cours de l’enfance, de transformation de l’embryon et des interactions énergétiques de la conception.

Lié aux larmes et aux pleurs : mouvement émotionnel qui peut être réprimé par une respiration superficielle, et va restreindre le Shen (esprit), morosité, dépression.

Lié à la respiration : le souffle est sa pulsation, chaque émotion crée un changement respiratoire, et joue dans l’équilibre émotionnel. Le contrôle de la respiration influence les systèmes nerveux sympathiques et parasympathiques, la qualité de la circulation du qi et apaise le shen pour accéder aux états spirituels élevés.

Lié à la sexualité : au niveau des sensations donc toutes ses passions et réactions. Il fournit l’énergie fondamentale liée à la survie et est la source des besoins physiologiques et des impulsions. Son seul intérêt est la satisfaction des besoins primaires. Les comportements autodestructeurs tels que l’attirance pour les styles de vie malsains et dangereux sont dus aux déséquilibres du po.

Quitte le corps au moment de la mort pour retourner à la terre.

Les Huns ou âmes éthérés possèdent 8 fonctions principales :

  • Contrôle le sommeil et les rêves, emmagasine la totalité des expériences passées affectant la vie spirituelle
  • Assiste le shen lors des activités mentales : pensées rationnelles et inspiration, sens de l’orientation et projet
  • Entretien l’équilibre émotionnel : à travers le shen qui possède les qualités de discernement, il est dépositaire des archétypes reliant l’inconscient personnel à l’inconscient collectif ; déstabilisé, la conscience sera confuse jusqu’aux maladies mentales (psychoses)
  • Responsable des yeux : pour la vision physique mais aussi envisager de nouvelles possibilités, et donner la qualité de présence et d’amour
  • Influence le courage de l’individu pour assumer les difficultés de la vie (rassembler des informations, prendre des décisions).
  • Contrôle le sens de l’organisation et de l’orientation : pour une perception claire de la direction à prendre
  • Contrôle le voyage de l’esprit
  • Constitué d’âmes spirituelles qui quittent le corps remontant au ciel à la mort

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la MTC a plein de moyens pour équilibrer la personne tant au niveau physique que psychique. Même si les maladies du XXIe et les conditions de vie peuvent être différentes de celles passées (SIDA, cancers, allergies, bactéries s’adaptant aux vaccins ou mutantes, pollutions diverses, productions agroalimentaires…), la solution à la maladie passe invariablement par un renforcement du système immunitaire, une bonne respiration, une alimentation variée et naturelle et des exercices adaptés aux besoins de chacun. Sur ce terrain, la MTC n’a rien perdu de sa pertinence, valorisant depuis Confucius l’approche préventive et la responsabilisation du patient. L’action stimulante du massage, des aiguilles, de la chaleur, de la méditation, des Aliments ou des herbes (pour ne mentionner qu’eux) demeurent toujours valides pour renforcer les réponses de l’organisme et de l’esprit, et aider à conserver leur équilibre.

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